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Chômage :

La faute aux chômeurs ?

Publié le 30 juillet 2015

François Hollande l’a annoncé, il ne sera candidat, en 2017, que si la courbe du chômage est inversée de manière durable en 2016. Cette annonce intervient à quelques jours d’une petite révolution au sein de Pôle Emploi : dès le mois d’août, 200 agents seront dédiés au contrôle des « actes positifs et répétés de recherche d’emploi » des bénéficiaires de l’assurance chômage. Un contrôle « renforcé », comme pour désigner une nouvelle fois les privés d’emploi comme responsables de leur situation, voire comme parasites plombant les comptes de l’assurance chômage…

Ce contrôle accru fait d’ailleurs partie des recommandations de deux rapports publiés en juillet, le premier par la Cour des comptes, le second, par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Dans un document intitulé « Pôle Emploi à l’épreuve du chômage de masse », la Cour des comptes déplore le « renoncement à toute norme précise de fréquence des entretiens » avec les demandeurs d’emploi et conseille à l’organisme de renouer avec les pratiques de suivi régulier, quitte à recourir à la sous-traitance et à des objectifs individualisés pour les conseillers.

De son côté, l’OCDE ose même évoquer une « générosité » du système français d’allocation, et aller jusqu’à prétendre qu’un tel système « ne peut être durable que si les chômeurs reçoivent les incitations et le soutien dont ils ont besoin (…) et si leur recherche d’emploi est convenablement contrôlée. » En clair, plus d’incitation et plus de contrôle, comme si les privés d’emplois ne cherchaient pas à travailler en dépit d’un marché de l’emploi pléthorique. Sans un renforcement du contrôle, le demandeur d’emploi pourrait bien, à suivre une telle logique, se contenter de collecter son chèque à la fin du mois…

Une logique dénoncée par Josiane Stamp, secrétaire générale du comité des privés d’emploi de la CGT. Pôle Emploi recense « entre 200 000 et 300 000 offres d’emploi nationalement », souligne-t-elle. Un chiffre bien loin de pouvoir satisfaire les 6,2 millions d’inscrits. Les raisons ? Une destruction de nombreux sites industriels pourtant rentables afin des satisfaire aux exigences à deux chiffres des actionnaires, une faible croissance liée en particulier à une demande essoufflée par des rémunérations en berne. Mais en outre, la Cour des comptes le pointe, le faible nombre de pistes proposées tient également d’une déconnexion entre les conseillers Pôle Emploi et les entreprises.

Un « saucissonnage » de Pôle Emploi

Après avoir séparé l’activité de démarchage des entreprises de celle de l’accompagnement des demandeurs, cette « généralisation du contrôle renforcé des chômeur » n’est pas sans inquiéter la CGT Pôle Emploi.

Un tel contrôle, qui plus est stigmatisant, devient de plus en plus « néfaste », et décourage même certains privés d’emploi de s’inscrire à Pôle Emploi, observe Josiane Stamp. Une pression à tous les niveaux sur les demandeurs d’emploi « Il faut pour Pôle Emploi être présent à la fois sur internet, sur le téléphone, par courrier. (…) Ils sont traqués. »

L’aide la plus efficace à la recherche d’emploi, outre les formations, « c’est bien un suivi régulier du demandeur d’emploi dans le cadre de sa recherche et de son projet professionnel », par des agents servant de liens entre le chômeur et les entreprises, explique Nathalie Potavin, déléguée syndicale centrale de la CGT Pôle Emploi. Elle déplore le « saucissonnage » de l’activité des agents aux dépens de la cohérence de leur mission.

Ce saucissonnage obéit, pour la CGT, à deux stratégies principales : l’augmentation du nombre de radiations pour refus d’emploi ou de formation et la préparation de la « vente à la découpe » de l’agence.

En effet, Nathalie Potavin craint une digitalisation de l’accompagnement et une privatisation d’une partie de l’activité du service public de l’emploi. Les demandeurs d’emploi seront davantage renvoyés aux services en ligne pour leurs demandes administratives ou pour leurs formations — notamment via les tchats ou les MOOCS, ces formations très à la mode sur internet — et leur suivi risque d’être de plus en plus sous-traité par des organismes privés.

Un service public de l’emploi privatisé et déshumanisé, tout le contraire de la « relation humaine dans le traitement des situations » qu’appelait de ses vœux la CGT, lors de la publication du rapport de la Cour des comptes.

Paru dans NVO.fr