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Social

L’emploi, enfin une priorité ?

Publié le 25 janvier 2016

Avant que François Hollande ne détaille son plan en faveur de l’emploi (le 18 janvier, devant le Conseil économique, social et environnemental), le premier ministre a reçu le 11 l’ensemble des organisations syndicales et patronales. Alors que le patronat continue de faire des droits des salariés un obstacle, la CGT a formulé plusieurs propositions pour le développement de l’emploi.

Pourquoi se gêner, lorsque l’on se sait le plus souvent écouté et même entendu ? À la veille des rendez-vous organisés lundi 11 janvier à Matignon entre le premier ministre et les principales organisations patronales et syndicales, et à quelques jours des nouvelles annonces présidentielles sur le dossier de l’emploi, prévues le 18, le Medef et plusieurs autres syndicats de patrons [1] ont réclamé, dans une lettre ouverte au président de la République, publiée dans le Journal du dimanche, ce qu’ils appellent un « plan d’urgence pour l’emploi ».

Pour l’emploi, ou plutôt pour licencier sans entrave… Une vieille recette patronale, puisque depuis le CNPF et jusqu’au Medef, l’antienne est restée la même selon laquelle « les licenciements d’aujourd’hui » feraient « les emplois de demain ». Bigre. L’histoire économique de ces dernières décennies confirme pourtant l’inverse.

Dégradation de l’emploi

« La situation actuelle reste celle d’une dégradation continue sur le front de l’emploi », écrivent les auteurs de la missive. Certes. De fait, l’on attend toujours le début du fameux million d’emplois que devaient, selon le même Medef, apporter le Pacte dit de responsabilité et ses milliards de cadeaux fiscaux et sociaux aux entreprises, en plus de ceux du CICE.

Mais les bénéfices des grands groupes ont principalement servi, cette année encore, à rehausser le niveau des dividendes des actionnaires au détriment de l’investissement, de la formation, de l’emploi, des salaires et de la consommation…

Vieilles recettes patronales

Pour les patrons, cependant, il faudrait mettre en œuvre, dès le premier semestre de cette année, un « socle minimal » de mesures, lequel en appellerait donc d’autres à venir. Première mesure réclamée : une « sécurisation pour un contrat de travail agile ». Ou de l’art d’user des mots lestement et de distribuer les coups agilement.

Car pour le patronat, il ne s’agirait ni plus ni moins que de sécuriser les licenciements, et de prévoir en la matière « un plafonnement des indemnités prud’homales lié à l’ancienneté du salarié ». Ce, en élargissant les « motifs de rupture », ceux-ci étant alors « liés à la situation de l’entreprise ou la réalisation d’un projet ». Seconde mesure : l’érosion programmée du financement de la sécurité sociale.

En l’occurrence, une « exonération totale de cotisations sociales patronales durant deux ans pour toute nouvelle embauche dans les petites entreprises ». Mais aussi une « exonération sociale totale pour tout recours à un alternant (apprenti ou contrat de professionnalisation) ». L’embauche d’un professionnel ? S’il est alors privé d’emploi, notamment de longue durée, il suffira que des aides sociales supplémentaires permettent d’« alléger le coût pour l’entreprise ».

Cinquième mesure souhaitée par le Medef et ses alliés, enfin : une « facilitation des nouvelles formes d’activités indépendantes ». En clair, transformer des salariés en « indépendants » dont le travail dépendrait pourtant de leurs anciens patrons ou nouveaux donneurs d’ordre. Des travailleurs très « indépendants », donc… et privés, évidemment, des droits acquis par des décennies de luttes des salariés.

La manne des finances publiques

Tout cela mérite bien une loi, et un financement particulier. Selon le Medef, il suffit d’un « assainissement des finances publiques ». Assainissement, synonyme patronal de « nouvelle restriction » ou « réduction accrue ». Celle des services publics, des budgets des collectivités territoriales, de ceux de la solidarité…

Décidément, le patronat a bien du mal à moderniser sa panoplie économique et idéologique. Il est plus facile d’accuser, comme toujours, le « coût du travail », la fiscalité, la « complexité », entendez celle du code du travail et de l’ensemble des droits qui protègent les salariés. Dans cette veine, les organisations patronales n’ont pas digéré la mise en place du « compte pénibilité », qui doit entrer en application cette année, et elles le disent.

Bref, comme elles l’écrivent, il faut savoir « prendre des risques » et « se réinventer ». Enfin, prendre des risques… sauf pour le patronat. Qui ne se réinvente pas vraiment non plus.

Les urgences du locataire de l’Élysée

Lors de ses vœux télévisés du 31 décembre pour l’année 2016, François Hollande n’a pas hésité à se farder en « père de la nation » en affirmant, après une année tragiquement marquée par des attentats terroristes en janvier et en novembre : « Françaises, Français, je suis fier de vous » et « mon premier devoir, c’est de vous protéger ».

Ne renonçant ni à la constitutionnalisation de l’état d’urgence ni à la déchéance de nationalité pour les seuls binationaux condamnés pour terrorisme, il a aussi rappelé, moins d’un an et demi avant la présidentielle, que la lutte contre le chômage reste la première de ses priorités. « S’il y a un état d’urgence sécuritaire, il y a aussi un état d’urgence économique et social », a-t-il ainsi assuré, annonçant alors plusieurs projets.

En premier lieu, celui d’un « plan massif de formation » censé concerner quelque 500 000 personnes « accompagnées vers les métiers de demain », ainsi que nouvelles aides à l’embauche dans les PME « dès le début de la nouvelle année », un effort en faveur de l’apprentissage, et la « généralisation du service civique ».

Reçue par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), la ministre du Travail, Myriam El Khomri, a annoncé que le plan inclurait en fait les 150.000 formations déjà annoncées en octobre dernier, et concernerait prioritairement les privés d’emploi « peu » ou « pas qualifiés », afin de les orienter vers des secteurs d’avenir comme le numérique ou l’environnement. Elle a pour cela évoqué l’hypothèse d’un « investissement financier » de l’État s’ajoutant à ceux des régions et des « partenaires sociaux ».

Effet d’aubaine

Des formations sont sans doute nécessaires pour accompagner les plus éloignés de l’emploi et les moins qualifiés, avec des dispositifs diplômants, permettant aussi une meilleure reconnaissance professionnelle. Mais par ailleurs, le dispositif envisagé aura aussi un « effet d’aubaine » non négligeable sur les statistiques du chômage, transférant de facto les privés d’emploi des catégories A, B et C vers la catégorie D, celle qui comptabilise non les chômeurs, mais les personnes en formation. Et nombre de salariés qualifiés et même diplômés sont aujourd’hui privés d’emploi.

La CGT formule des propositions

L’une des principales questions concerne donc la réalité de l’appareil productif du pays, et en particulier son potentiel industriel, qu’il s’agisse de l’automobile, de la chimie, du secteur pharmaceutique… La production industrielle a en effet encore baissé, et a diminué de 15 % par rapport à ce qu’elle était avant la crise de 2008. Il s’agit bien à la fois de maintenir et de développer les productions actuelles tout en développant celles d’avenir. Il en va de centaines de milliers d’emplois directs et indirects.

Aussi la CGT formule-t-elle plusieurs propositions. Lesquelles supposent de cerner la situation économique et sociale dans son ensemble, et en même temps de tenir compte de la connaissance des dossiers et des propositions des salariés concernés dans les entreprises elles-mêmes. Car il s’agit, comme le rappelle Philippe Martinez, de savoir si l’on investit pour la Bourse, c’est-à-dire inutilement, ou pour le progrès social.

La question d’une mutualisation de moyens entre les entreprises est par exemple ainsi posée ; les grands groupes, qui aujourd’hui favorisent des marges à deux chiffres pour leurs actionnaires, pourraient par exemple contribuer au développement des TPE et PME, qu’il s’agisse d’apprentissage, de formation, de salaire, d’embauche…

D’autant que la relance par l’emploi et les salaires et donc la consommation intérieure relèverait d’un cercle enfin vertueux. La CGT porte aussi la revendication d’un nouveau statut du travail salarié, « avec comme colonne vertébrale une Sécurité sociale professionnelle constituée de droits individuels et garantis collectivement »…

Reste que face à un patronat toujours à l’offensive, la mobilisation du plus grand nombre, dans l’unité la plus large, s’avère de plus en plus nécessaire. Dans les jours qui viennent, nombre d’initiatives sont prévues dans les entreprises et les territoires. Les salariés des services publics ont rendez-vous le 26…

Notes

[1] L’Association française des entreprises privées, Croissance plus, le Cercle de l’industrie, les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, Ethic, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire.