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La tuerie de Nice.

La guerre comme seul horizon ?

Publié le 19 juillet 2016

Si nous avons quelque prudence pour expliquer la tuerie de Nice, d’autres n’ont pas pris cette précaution. Les médias une fois de plus se sont livrés à une compétition d’images terrifiantes et à des affirmations péremptoires sur la nature du drame. Nos gouvernants et l’opposition ont hurlé à la guerre. « Il est plus facile de juger que de réfléchir » disait le psychanalyste Young.

Un attentat terroriste ?

Le seul nom de l’auteur du massacre, aura suffi à affirmer qu’il s’agissait d’un attentat terroriste. La personnalité du tueur, musulman non pratiquant, violent et dépressif, l’absence de liens avérés avec groupe terroriste, ont jeté un doute sur la nature terroriste de son acte. Les heures qui ont suivi le drame ont alors été employées pour trouver des raisons de penser qu’il agissait sous l’emprise de terroristes.

Selon les dernières informations il se serait islamisé en quelques jours. La piste d’un attentat terroriste reprend donc de la vigueur…

Entretemps nous avons assisté à une surenchère de propos guerriers, tant de la part des plus hautes autorités de l’Etat que des ténors de la droite.

« Nous sommes en guerre »

Tel est leitmotiv de nos gouvernants. Et d’envisager de renforcer les bombardements de la Syrie. « Nous allons intensifier nos frappes en Syrie et en Irak. Nous continuerons de frapper ceux qui nous menacent. » s’est empressé de tweeter François Hollande quelques heures seulement après le drame… Or, c’est précisément la guerre menée par le gouvernement Bush des Etats-Unis en Irak, puis celle de Nicolas Sarkozy en Lybie et enfin celles de François Hollande en Syrie et en Afrique, qui est à l’origine de la déstabilisation meurtrière des pays de cette partie du monde. Une guerre qui a généré des centaines de milliers de morts innocents, qui a détruit des villes entières, jeté des migrants par milliers sur les routes de l’exode.

La guerre n’est pas la solution, c’est le problème.

Une guerre qui a nourri la haine et l’humiliation. Qui a alimenté la stratégie de Daesh, dont l’objectif est de provoquer des affrontements entre les musulmans et la population des pays où ils sont installés et rassembler les musulmans derrière leur folle ambition de pouvoir. La religion et les promesses d’une vie meilleure avec Daesh et dans l’au-delà sont brandies par des bandes mafieuses pour masquer leurs véritables objectifs : la conquête du pouvoir et des richesses des pays dévastés par les guerres des puissances occidentales.

La solidarité, la paix et la fraternité !

Alors pourquoi persévérer ainsi dans une guerre dont on sait bien qu’elle est particulièrement inefficace contre les formes de terrorisme prônée par Daesh ? « Quant à l’intensification de l’intervention française dans les guerres qui font rage en Irak et en Syrie, il est difficile d’imaginer une mesure qui soit plus susceptible d’inciter d’autres jeunes hommes à perpétrer des attentats suicides. » écrit avec un certain courage un journaliste anglais dans un article pertinent.

Identifier les terroristes actifs et potentiels et les neutraliser est une mesure indispensable. Priver l’Etat islamique de ses ressources pétrolières et financières l’est tout autant. Mais parallèlement agir contre toute tentation de confondre la minorité d’activistes et l’immense majorité des musulmans, contre les situations d’exclusion dans lesquelles se retrouvent nombre de jeunes de nos banlieues. On sait aussi que la régression sociale génère de l’anxiété et un désespoir qui peuvent conduire au pire. Des études récentes ont montré par exemple que l’austérité en Grèce a fait exploser le nombre de suicides et de meurtres.

Prolonger l’état d’urgence comme vient de le décider le gouvernement n’est pas la bonne réponse. Ce qui esr urgent, dit la CGT dans un communiqué de ce jour, "c’est de mettre en débat notre manière d’agir face à ces violences, les moyens de sécurité à déployer mais aussi de prévention, les politiques à mener qu’elles soient sociales, de défense nationale ou de sécurité.(...)"

Ce qui paraît de bon sens ne l’est visiblement pas pour les dirigeants occidentaux. A croire que la guerre intéresse beaucoup de monde. Les marchands d’armes en premier lieu, les marchands de dispositifs de sécurité en tout genre, les marchands d’austérité en difficulté face à leurs peuples.

Agir pour la paix au Proche Orient, pour la solidarité entre tous les habitants de notre pays, quel que soient leurs origines. La CGT a décidément bien raison de « Réaffirmer les valeurs de solidarité, de paix et de fraternité ! »