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Travail dominical

Le Pdg de la FNAC se fait retoquer

Publié le 4 août 2016

Alexandre Bompard, PDG de la FNAC, rêve de pouvoir ouvrir les magasins de l’enseigne qu’il dirige depuis 2011, tous les dimanches de l’année. Il devra pourtant, une nouvelle fois, y renoncer. Comme ils s’y étaient engagés en janvier, dès la finalisation de l’accord « sur le travail du dimanche et en soirée », CGT, FO et Sud ont fait valoir leur droit d’opposition, le 8 juillet dernier.

Ouvert à signature trois jours plus tôt, ce texte avait recueilli celles de la CFDT, CFTC et CFE-CGC.

Réputé « non écrit »

Les syndicats qui ont mis leur veto à ce projet « synonyme de régression sociale majeure » représentent à eux trois, plus de 50 % des suffrages aux élections professionnelles. L’accord est donc désormais réputé « non écrit ».

Pour Alexandre Bompard cette déconvenue n’est pas la première. Lancé dans une véritable croisade en faveur du travail dominical, le PDG, qui compte Emmanuel Macron parmi ses proches, s’était déjà illustré à l’occasion du débat parlementaire précédant l’adoption de « la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ».

Un amendement dont le PDG de la FNAC est considéré comme l’instigateur, avait été introduit et voté par les sénateurs en mai 2015. Il prévoyait que « les commerces de détail de biens culturels peuvent déroger à la règle du repos dominical en attribuant le repos par roulement. »

Si cet amendement n’avait pas été repoussé par les Députés, le dimanche serait ainsi devenu un jour travaillé « normal » faisant passer de 12 déjà prévus dans la loi à… 52, le nombre de dimanche travaillés sans volontariat ni rémunération supplémentaire.

À l’époque, à l’appel de tous les syndicats, des grèves, des assemblées générales, des pétitions et diverses actions, avaient marqué la forte mobilisation des salariés de la Fnac contre « l’amendement Bompard »

Un accord en deçà de la loi Macron

Six mois plus tard, pour tenter de parvenir à ses fins, le PDG faisait miroiter des contreparties financières qu’il espérait sans doute suffisamment alléchantes pour obtenir un assentiment général : il proposait dans les magasins ouverts tous les dimanches, une majoration de 200 % pour 12 dimanches et de 100 % pour les 40 autres, mais sans aucun repos compensateur…

Ce qui conduisait André Chapuis, Délégué syndical central (DSC) de la Fnac Relais à parler de « moins-disant social ». Les propositions formulées par Alexandre Bompard se situaient, en effet, en deçà encore de la loi Macron qui prévoit pour les 12 dimanches dits « du maire » un doublement de la compensation (200 %) ET le paiement d’un repos compensatoire.

L’arrogance du PDG

La déception affichée par le PDG après le revers qu’il vient d’encaisser ne semble cependant pas de nature à atténuer son arrogance. « 80 % des salariés souhaitent travailler le dimanche » a-t-il déclaré en rêvant, cette fois, d’avoir toute latitude pour déployer sa stratégie sans avoir à tenir compte des syndicats.

En réalité, souligne André Chapuis, « aucun salarié ne choisit de renoncer à partager un jour de congé commun avec ses enfants, sa famille ou ses amis. Aucun salarié n’a envie d’être privé des activités culturelles et de loisirs qu’il peut pratiquer le dimanche. Celles et ceux qui, dans le cadre d’un volontariat imaginaire, vont bosser ce jour là, le font parce qu’ils y sont contraints par l’insuffisance de leurs revenus ».

Des salaires au plus bas pour ceux qui travaillent

Du fait de la politique de « modération salariale » imposée par Alexandre Bompard depuis 2011, 88 % des salariés des sociétés de commerce sont aujourd’hui « au pied de la grille en vigueur dans la branche », soit 20 euros au-dessus du Smic… Ajoutons que 26 %, d’entre eux et surtout d’entre elles étaient en temps partiels en 2014.

Tous travaillent dans des conditions aggravées par les suppressions d’emplois (20 % entre 2011 et 2014). « Aujourd’hui, les salariés, rangent, vendent, encaissent…. dans le cadre d’une polyvalence imposée, mais bien sûr pas rémunérée », ajoute André Chapuis.

Une rémunération au plus haut pour le PDG

Une réalité bien étrangère à celle d’un PDG qui a perçu un revenu de 19,2 millions d’euros en 2015, après 8,2 millions d’euros en 2014 et 3,3 millions en 2013… Le tout constitué d’un salaire fixe de 900 000 euros annuels, agrémenté d’une part variable dont le volume a été multiplié par huit en trois ans !

Et s’il lui venait à l’idée de quitter la direction de la Fnac, à condition qu’il n’aille pas directement vendre ses services à la concurrence, Alexandre Bompard toucherait une indemnité compensatrice brute équivalente à 80 % de sa rémunération mensuelle et cela pendant deux ans après son départ…

Telles sont donc les politiques mises en œuvre à la Fnac qui a reçu, sur les deux dernières années, 22,7 millions d’euros d’argent public, au titre du CICE. Et si son PDG veut mettre le travail dominical en musique, ce n’est pas pour garantir l’avenir de l’entreprise comme il le prétend, mais bien pour assurer une valorisation de l’action qui lui a, jusqu’ici, tant profité.