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Convergences

Acte 1 : la suite reste à écrire

Publié le 11 février

Pourtant, c’est probablement le premier acte d’une convergence entre les syndicats et des gilets jaunes qui s’est joué. À Paris, où la CGT avait dénombré 18 000 manifestants le 14 décembre dernier, ce sont 30 000 personnes qui ont défilé, ont marché entre l’Hôtel de Ville et la Concorde le 5 février. Là comme ailleurs dans les quelque 200 manifestations en régions, le fluo des gilets jaunes a coloré les cortèges de manière inédite depuis trois mois se mêlant aux chasubles et drapeaux rouges. Ce mélange des couleurs n’a rien d’un « mélange des genres » douteux. Et il a tout de même interpellé quelques éditorialistes de la presse régionale. Ainsi, celui de Paris Normandie a vu dans cette journée une « étrange rencontre quand on se souvient qu’à l’origine du mouvement, mi-novembre, les mêmes chasubles jaunes se méfiaient des centrales syndicales ».

Cette convergence ironiquement baptisée « ketchup-mayo » par le Courrier Picard a néanmoins surpris la presse régionale qui a parfois préféré comme La Montagne voir une « mobilisation modeste » tout en précisant que c’est « peut-être cela qu’on pourrait appeler aujourd’hui la convergence. Et c’est bien ce front que l’exécutif s’efforce de casser avec le grand débat, les décisions qu’il prendra ensuite devront répondre aux attentes, au risque d’avoir face à lui un réel front politique », analysait le quotidien auvergnat.

C’est « une tentative courageuse de reconquête de la revendication sociale » concède pour sa part l’éditorialiste des Dernières Nouvelles d’Alsace. Dans la même région, le quotidien l’Alsace s’interroge : « cette convergence des luttes sociales et du mouvement des gilets jaunes peut-elle s’inscrire dans la durée  ? Il est trop tôt pour l’affirmer. » Prudence donc dans les rédactions quant aux suites de cette journée inédite par son ampleur bien que sur les ronds-points et dans les manifestations des samedis, des rapprochements se sont déjà concrétisés avec ceux parmi les gilets jaunes qui ne sont pas hostiles à l’idée de croiser et partager leurs revendications avec celles de syndicats qui les défendent depuis des années. Notamment sur la fiscalité, le pouvoir d’achat, les services publics, la précarité, les salaires, etc.

La question des suites se pose parce que cette mobilisation se confronte à un gouvernement qui tente de la contourner et l’étouffer avec un grand débat national, la perspective d’un référendum, mais qui menace aussi la liberté de manifester en faisant adopter une loi liberticide qui divise jusque sur les bancs de sa majorité.

En appelant à cet acte 1 de la convergence, la CGT avait déjà anticipé la nécessité d’inscrire ces mobilisations dans la durée. Dans un communiqué du 5 février, elle estime que « cette journée a permis, à travers des arrêts de travail, dans le privé comme dans le public, de renforcer et mutualiser des luttes sociales. Dans plusieurs départements, la CGT est à l’initiative de réunions intersyndicales afin de prolonger la mobilisation. D’ores et déjà, la CGT est force de propositions à travers l’organisation des mardis de « l’urgence sociale », les cahiers d’expressions populaires et des débats publics et le 8 mars. » Elle a également mis en débat la perspective d’une nouvelle journée en mars.